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Le cinéma outil de la mémoire collective algérienne

Le cinéma outil de la mémoire collective algérienne
Par Ahmed Bedjaoui

Certes, le cinéma a une longue histoire. Parmi les opérateurs Lumière, Promio et Mesguish ont longtemps séjourné dans le quartier de Bab el Oued d’Alger. Ils ont très vite accumulé des images que nous qualifierons « d’innocentes » (plutôt que neutres) des rues de certaines grandes villes algériennes. Ces petits films de 90 secondes restent les témoignages iconographiques les plus fidèles de la vie quotidienne à Alger ou Constantine. Plantée au coin d’une rue, la caméra enregistre une réalité sociale et historique précieuse.
Dès que le cinéma est sorti de son âge d’innocence, la lumière d’Algérie a attiré des cinéastes, dont certains célèbres comme Siodmak ou de Mille venus prolonger l’exotisme colonial que les peintres dits « orientalistes » comme Horace Vernet ou Fromentin ont cultivé tout le long du 19ème siècle.
« Pépé le Moko » de Duvivier, devenu pour le centenaire de la colonisation le roi de la Casbah, a symbolisé cette désappropriation des Algériens de leur propre espace en même temps qu’il proclamait la dévirilisation de l’être occupé. Ce cinéma colonial folklorique a renvoyé une image totalement fantasmée du peuple algérien devenu, comme l’a bien décrit Albert Camus, « étranger » chez lui.

Comment dès lors s’étonner que les Algériens situent la naissance de leur cinéma national  dans les maquis de la Révolution algérienne où des cinéastes, dont certains sont encore en vie, portaient la caméra aux côtés des combattants nationalistes pour l’utiliser comme  arme de diffusion des images de la cause algérienne, de ses souffrances et de son combat ?
Ce combat du cinéma algérien pour l’indépendance s’est poursuivi à la libération du pays avec une  prédominance de la thématique  de la résistance, de la guerre de libération, et de l’héroïsme du peuple algérien dans une  filmographie dont les plus illustres titres sont justement ceux qui ont  porté à l’écran ces éléments de la mémoire collective algérienne dorénavant liée à l’Histoire.
Pour respecter la vérité, il faudrait rappeler que la Télévision algérienne a produit le premier film ambitieux de Mustapha Badie « La Nuit a peur du Soleil », film méconnu et pourtant très riche.
Il y aurait beaucoup à dire sur le cinéma de glorification qui laissait fort peu de place à l’analyse historique ou politique. Face à un secteur cinématographique de contenu socialiste, mais fasciné par le modèle de superproduction hollywoodienne, la télévision algérienne a sans doute apporté les meilleures contributions pour expliquer pourquoi les Algériens avaient accepté tant de sacrifices pour accéder à l’indépendance. A cet égard, « Noua » de Abdelaziz Tolbi, ou  « Les Enfants de Novembre » de Moussa Haddad ont été les premiers à tenter d’expliquer.
Face à un cinéma convenu et lourd que seuls quelques films ont sauvé, tels « Le Charbonnier » ou « Omar Gatlato », la production télévisuelle a accumulé des films emblématiques comme « La Nouba des Femmes du Mont Chenoua » de Assia Djebar ou encore « Nahla » de Farouk Beloufa.
Depuis la liquidation des entreprises du secteur public, le cinéma privé algérien tente de renouer avec cette tradition de dire et de penser sa mémoire. De nombreux signes prometteurs sont là, de vrais talents apparaissent, mais les difficultés liées à l’existence d’un véritable marché cinématographique et de sources de financement fiables continuent à peser lourdement sur les espoirs d’une forte relance de la production filmique.

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